Zoé Benoit - Archisony

texte d'Alexandrine Dhainaut pour la revue ZéroQuatre (2012)

Zoé Benoit dresse les contours subjectifs d’un lieu par le détour des choses et des êtres qu’elle rencontre. Son travail, à la lisière entre art, géologie, anthropologie et architecture, montre le fruit d’expérimentations, de relevés et d’observations divers récoltés lors de résidences, regroupées sous l’appellation Archisony. Le résultat plastique prend alors de multiples formes, en fonction du lieu et des échanges avec les autochtones, allant de l’installation à la photographie, en passant par le dessin et l’enregistrement sonore. À travers ces différents médiums, l’artiste pose la question de la perception et de la transmission d’un espace par une succession de rapports. Celui d’un artiste et d’un territoire d’abord. A l’aide d’un microphone, il s’agit de capter les vibrations d’un bâtiment, d’éprouver les matériaux même d’un lieu (verre, béton, pierre, etc.) par diverses manipulations et d’en traduire l’énergie ou d’en extraire l’éventuelle musicalité. L’architecture devient alors archi-textures à révéler par le son, tout en préservant une certaine part de mystère quant à l’origine des sons enregistrés et laissant alors l’imaginaire de l’auditeur fonctionner à plein. Au couvent de la Tourette d’Éveux où elle fut en résidence en 2011, Zoé Benoit a enregistré les jeux de résonances et d’échos du site (Une visite au couvent), en recueillant les sons environnants (le bruit des pas ou le grincement des portes), en intervenant directement sur les murs, alors percutés au moyen de branches d’arbres récoltées à proximité du lieu, sculptées par l’artiste et ensuite exposées (Baguettes), ou en photographiant la déformation d’un muret sous l’effet du temps (Scoliose). Autant de rapports matériels et immatériels au lieu. Sortes de portraits par métonymie, les Archisony en disent finalement moins sur le lieu (l’artiste ne montre d’ailleurs aucune représentation directe d’un bâtiment au sens classique du terme) que sur l’expérience personnelle de ce lieu, non seulement par l’artiste mais aussi par ses occupants. Car, ce qui anime les projets de Zoé Benoit, c’est aussi le rapport de l’artiste aux autres, et de ces derniers à l’espace. Ce sont alors les paroles et les objets rapportés par eux qui «dessinent» un territoire abstrait. Lors de sa résidence dans le quartier des Teppes à Annecy en 2012, elle a ainsi invité les enfants à lui rapporter un caillou (récolte qui a fait l’objet d’un travail céramique, Cailloux), à en décrire les qualités physiques et le bruit qu’il fait lorsqu’il tombe dans l’eau (Pierres qui roulent). Au couvent, Zoé Benoit a recueilli la description d’un frère quant à son activité d'éleveur d'arbres, prolongement sonore direct de la série Baguettes. À l’image de ces branches sculptées et dans un même rapport métonymique au lieu, l’artiste utilise les matériaux en présence, qu’ils soient minéraux, végétaux ou composites, sorte d’indices topographiques arbitraires et seule partie tangible d’une Archisony.

Zoé Benoit a développé une troisième Archisony à la Bibliothèque de la Part-Dieu. Ce travail qui fait l’objet d’une exposition traitera de cette matière sonore et visuelle qu’est le livre. Autre lieu de silence contraint, la bibliothèque est pour Zoé Benoit une nouvelle occasion de faire parler les murs.

Exposition à la vitrine de l'artothèque, bibliothèque de la Part-Dieu, du 25 septembre au 8 décembre 2012. Rencontre avec l'artiste le mercredi 3 octobre à 18h.